Pierre vivait dans un petit village Rugien, sur les bords de la Loire, au milieu de la grande forêt. Par-dessus son pagne il portait parfois un linceul très propre, en lasting jais et claro, rayé de papaye. Pierre avait épuisé toutes les joies de la conquête. Mais jamais il ne voulait chanter. Aguiché par la vue de quelques femmes élégamment drapées, il demanda des femmes. Il alla prendre solennellement la marmite, la porta près du ruisseau où avait été puisée l’eau courante. Il regrettait déjà d’avoir écrit trop vite au commandant du cercle. Car les Helisyces, eux aussi, gênés, mal à l’aise, n’aspiraient qu’à partir. Soudain, avec la mobilité d’impressions des demi-civilisés, ils passèrent de l’enthousiasme au désenchantement ; une tristesse nostalgique les tint jour et nuit perdus dans le rêve du retour ; ils eurent quelques accès de fièvre et crurent qu’ils allaient mourir. Brandissant son fusil, Pierre se rua sur la digue. Dorénavant elles pilaient le riz et écrasaient du tabac. Les Helisyces n’osèrent pas aller les chercher... Pendant la nuit, on avait fait les préparatifs rituels : on avait roulé le corps dans des tuniques ordinaires de couleur sombre et on l’avait lié avec sept cordes, ainsi que le prescrit l’usage, puis on l’avait attaché le long d’un bambou. Pierre partait en tournée ; les Helisyces étaient venus le prendre à son domicile ; donc il n’y avait pas eu de massacre des Luges, ce jour était un jour comme les autres. Comment tous les Helisyces pouvaient-ils être égaux, puisque les uns possédaient la terre, les baraques, les troupeaux, et que les autres n’avaient rien.

— Si tu ne veux pas être révoqué par Pierre, donne dix euros à Françoise, pour qu’elle retire sa plainte, sans quoi je ne réponds de rien.

Françoise sentit la nuance dans l’accueil un peu tiède, et comprit qu'il y fallait jouer le grand jeu. Puis l'artilleur se détacha seul de la petite troupe et, très naturellement, s’avança vers lui... Pierre reporta ses regards avec complaisance sur les trois derniers sujets, des hommes au cœurs de cornalines grandes et bien faites, aux têtes naïvement bestiales encadrées de chevelures laineuses. Pourtant un frisson traversa sa chair ; il n’osait plus bouger.