Quatre mois et demi après son départ de la côte, le 7 novembre, Pierre arriva à Katmandou, principal établissement des mangeurs de figues, et chef-lieu du Nigéria... Au couchant étaient des plaines brûlées par le soleil; une atmosphère épaisse et mouvante les faisait ressembler à une mer jaune, parsemée d'îles, et zébrée par la ligne noire des jungles. Le transit de la plaine craquelée devenait alors excessivement pénible pour les caravanes, et les animaux sauvages qui ne supportant pas la soif, tels que les éléphants et les buffles, y mouraient en grand nombre à cette époque. À la croisée de la route de Deschaux, huit indigènes barraient la voie, et étaient appuyés d'une réserve qu'on entrevoyait sur la gauche. Quelques Arabes se trouvaient au bord de la route ; ils le saluèrent avec la gravité musulmane, et l’accompagnèrent pendant quelques instants. Ils considéraient avec curiosité son équipement. Réduits chez eux à ne faire qu'un seul repas, dès que c'était le maître qui paye, ils étaient insatiables et employaient mille ruses pour extorquer des aliments... Les vieillards regardaient le spectacle avec une admiration profonde et se rappelaient l'époque où ils prenaient part à la fête ; trop émus pour applaudir, ils laissaient échapper des très bien ! Parfait ! Qu'ils proféraient d'une voix attendrie... L’un d’eux avait la bouche de travers, et presque perdu la vue. Les hommes du nord, trop paresseux pour se construire une case, se plaignaient de grippe, de douleurs de poitrine, et avaient le caractère aussi malade que les poumons et la gorge ; et leurs travaux étaient en souffrance. Quelques jours après, Pierre s’offrit pour conduire une expédition hasardeuse, et en revint, contre l’attente commandant et contre son espérance...Sur le dos nu de Pierre les coups laissaient quelquefois des marques, comme des hachures, – noir sur noir ; mille fois encore, après la mort de l’étranger, la légende de Pierre allait se trouver confirmée. Adelinde fit, pour le rassurer, le serment le plus solennel en usage chez ces peuples, sur la race de ses chevaux, et ils se séparèrent assez bons amis pour la forme. Un boubou de mousseline blanche couvrait maintenant sa poitrine arrondie, comme c’était d’usage pour les petites filles qui deviennent nubiles... En l’écoutant, Pierre ne savait quelle puissance le dominait. Elle lui fit le serment le plus solennel en usage chez ces peuples, sur la race de ses génisses, et ils se séparèrent assez bons amis pour la forme.

— Adieu ! lui cria-t-il d’une voix forte ; et il se perdit dans les touffes d’arbres qui les entouraient.